Cette année j’ai bousculé les traditions familiales. La coutume est de passer les fêtes de Pâques en Auvergne, mais cette année on a décidé de les passer en Espagne chez les parents du brun pour (entre autre) assister aux processions, et (surtout) se dorer un peu la pilule. Les processions sont des cortèges de fidèles qui défilent religieusement dans les rues à grand renfort de tambours et de trompettes pour proclamer leur foi. Et on peut dire qu’à Saragosse, ils ne font pas ça à moitié. J’avais assisté aux processions de l’ascension à Séville il y a quelques années et c’était plutôt joyeux. Pendant la semaine sainte, on commémore la passion du Christ, c’est à dire son calvaire enduré de sa condamnation à mort jusqu’à ce qu’elle s’en suive sur la croix. Plutôt glaçant. J’ai posté une vidéo sur mon Instagram si vous voulez vous rendre compte de l’ambiance. Les hommes défilent dans des habits dignes du Ku Klux Klan (mais ça n’a absolument rien à voir) en faisant trembler le sol avec leurs tambours, d’autres agitent des encensoirs comme des pendules, des veuves en noir terminent le cortège. Il y a 20 ans, elles avaient des boulets aux pieds et les mains des hommes saignaient à force de frapper me disait le brun. Les espagnols sont vraiment très pieux et certains semblaient en plein recueillement devant les cortèges.  Sa mère me racontait que petite, lorsqu’elle était punie à l’école, les bonnes sœurs lui sommaient de s’agenouiller des heures durant devant une statue du Christ avec des livres posés sur les paumes de ses mains. Mon père a connu les bonnes sœurs au Liban, ma mère est mes tantes les ont connues à Amiens, ils n’en gardent pas franchement de bons souvenirs non-plus. Je n’avais jamais passé autant de temps à Saragosse et on a pris le temps de visiter pleins de petites boutiques typiques. Cette ville n’a clairement pas la renommée de Barcelone ou de Madrid mais elle est très agréable à vivre. Notre arrivée à Uncastillo nous a permis d’oublier nos culpabilités de chrétiens en nous prélassant au soleil et en laissant filer doucement les heures dans la maison. Il a fait divinement beau, j’ai redécouvert avec délice le pouvoir relaxant du hamac de leur jardin. Je me suis promis d’en accrocher un dans mon salon dès que j’aurai un mètre carré disponible. Et comme il faisait frais le soir, on a eu droit à un feu de cheminée. J’ai eu le sentiment  que l’atmosphère auvergnate que j’aime tant s’était transportée près du foyer le temps de cette soirée.